Quo vadis

Chaque jour et de plus en plus, je sens que je dérive vers un lieu incertain. Ma tête tourne et je perds le contrôle. Je cède à mes angoisses les plus abyssales, et recroquevillé, invalide, au fond du trou noir de mes peurs sordides, je sombre. Un frisson parcourt l’arrière de mon crâne, comme une chair de poule au mauvais endroit. Sottement, je me résigne à une mort prochaine, et prépare même, minimalement, quelque héritage. Je fais du rangement en me disant que l’ordre sera fait pour mes amis. Ils ne devront pas s’empêtrer dans le chaos de mes choses. Je plie des vêtements comme on balaie les feuilles ocre sur un balcon, l’automne. Dès que j’en ai l’occasion, j’écris de petites lettres gentilles sur des papiers de couleur vive, et adresse de longues missives à mes compagnons de toujours. Dans les moments d’égarement les plus incohérents, je songe à l’avenir de mon chat. Je publie de petites annonces pour lui trouver un propriétaire. Ah, comme je nettoie partout. Je stérilise, j’aseptise. Je vis au gré d’une illusion malsaine et d’une chimère sinistre. Lucide face à mon esclavage, et débonnaire malgré tout, je suis le pantin d’une routine de condamné. Mais je ne suis pas condamné. Non. Je suis hypocondriaque. C’est probablement la seule maladie qui ne me touchera jamais. Mais alors je crains d’attirer vers moi de terribles sorts si je défie ainsi le destin. Je préfère donc me convaincre que je suis voué à une disparition prématurée. Je m’assure ainsi de rester un peu plus longtemps que les autres. En fait, je ne sais plus vraiment ce que je fais. Je connais mes maux, leur appellation scientifique, leur traitement, leurs symptômes, mais je ne me connais plus moi. 

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5 Commentaires

Classé dans Textes

5 réponses à “Quo vadis

  1. C’est beau, très, et c’est compréhensible, parce que, à un moindre degré peut-être, et différemment sans doute, c’est partagé. Par moi et probablement par d’autres aussi.

    Mais c’est triste. Quand même.

    Nevertheless, you have got talent.

  2. Anouk

    Ainsi je vis, ainsi je meurs. Parce que quoi qu’il arrive je ne pourrais m’empêcher d’agir ainsi. Vivre ou survivre dans cette sphère infernale ne me déplaît pas. J’y reste d’une façon perverse, vicieuse. Je ris de la fatalité. Que faire, que dire. Cela a si peu d’importance. Je m’oublie dans l’herbe bleue, écris dans les ténèbres et admire maladroitement les rayons de soleil qui osent s’approcher de moi. Qui suis-je, d’où je viens. Les questions, les « pourquoi », toutes ces choses qui nous torturent. Des réponses vaines, infinies. Si facile de se décrire selon l’opinion des autres. Le notre nous est inconnu.

    We are just stranger.

  3. Tu es une personne vraiment à part. A travers tes films, tes photos et tes textes, une sorte de Cri. Comme celui de Munch. Universel et douloureux, nous le partageons …

    « Ce que l’on te reproche, cultive-le, c’est toi ».
    Cocteau

    • Xavier Dolan

      merci Antoine, J’aime bien cette citation de Cocteau.

      • Merci pour ta réponse, ça me fait plaisir.
        Il y a une autre citation qui m’est chère (qui sera bientôt encrée sur ma peau) : « Tu es un poisson des grandes profondeurs. Aveugle et lumineux. Tu nages en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne mais avec la poésie fragile d’un autre temps ».
        Au premier visionnage de « J’ai tué ma mère », j’en ai eu mal au coeur, tant je me suis identifié à tes mots. (Je tenais à te le dire, au risque de ressembler à une … »Groupie ».)

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