Archives de Catégorie: Varia

Kenny’s drawings

Scott Gailey

Self portrait

I Miss You

Tree Neck

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L’ère moderne

Fini, l’aspect brûlé vieillot du photomaton noir et blanc de la station de métro Berri-UQAM. Exit, le look suranné, carbonisé, exagérément contrasté. Le petit voile à la photo-de-guerre est levé. C’est la passation. L’administration a remplacé l’antiquité par un photomaton numérique, qui substituera bien sûr au grain la netteté pure des clichés contemporains ! Hourra ! Finies, les ruses pour contrer l’esthétisme envahissant de notre belle époque. Finies, pareilles dérogations au beau sourire léché et à la pose parfaite. Finies les folies.

Anto & Xav

Quelque abrutie banlieusarde a décrété, du haut de son trône de la STM, que l’heure du passage à la civilisation avait sonné. On lui doit l’absence, à cette heure, d’une boîte à confectionner du beau. Merci, grosse truie sotte. Merci, gros porc imbécile. En avalant votre huitième gorgée de café-filtre, en parafant au bas de la feuille, en dilatant vos narines aux pores gorgées d’huile, vous avez la réelle impression de contribuer à notre bonheur collectif, et, peut-être, de nous débarrasser d’un déchet (prononcer « déchâ »), d’un immense brimborion qui nous pollue la vue et qui vous fait passer pour des arriérés ? C’est ça ? Vous êtes heureux de placer ce beau gros cube bien futuriste juste là, avec grande ostentation, han ? Vous vous infatuez même du mérite de dépoussiérer la décoration de l’entreprise tout en mettant à la disposition du public un objet à la fine pointe, de faire d’une pierre deux coups. Vous avez sûrement utilisé l’expression : « faire d’une pierre deux coups ». Vous vous tapez le bide en poussant des soupirs vaniteux, contents de votre coup. Vous fanfaronnez peut-être dans la cafétéria le midi, pointant du doigt le nouveau joujou que vous avez fait entrer dans l’endroit. Et quand, dépêché à grands frais pour évaluer l’état des lieux, un inspecteur civil vous félicite pour cette mise à jour, vous étouffez un rot de fierté qui se consume dans votre intestin grêle. Vous êtes in.

Mais vous n’êtes que des cancres et des ignorants. Vous signez sans scrupules, et dans l’ignorance absolue de l’ampleur de votre bévue, la disparition de ce qui faisait la joie de votre clientèle. La mienne en tout cas. Vous vivez dans une ère qui se caractérise par la nostalgie collective. En y intégrant trop d’actualité, vous bafouez la valeur des trouvailles anciennes, et vous vous mettez à dos les générations nouvelles. En y évinçant les vestiges des temps révolus, vous vous assurez la haine et le mépris.

Déjà qu’on trippe pas su’ vot’ cas.

Clara & Xav

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Et même Kenny

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Je pensais que mon père était Dieu

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En mai 1999, Paul Auster est l’invité de Daniel Zwerdling à son émission de radio Weekend all Things Considered. L’enregistrement a lieu à Washington DC, et Auster est en synchronisation simultanée dans les studios de la NPR, 2e avenue, à New York. Il ne voit même pas le visage de son interlocuteur, qui lui demande pourtant, avant son départ, s’il serait intéressé à une régulière contribution à l’émission, de sporadiques passages se résumant à la lecture de nouvelles ou à quelque entretien de nature littéraire. Auster, en entrevue pour parler de son dernier roman, promet courtoisement d’y réfléchir, sachant en son for intérieur qu’il n’a aucun intérêt envers ce genre de propositions. 

Néanmoins, de retour au bercail, c’est sa femme Siri qui transpose l’offre sous une perspective plus intrigante : « Tu n’as pas besoin d’écrire les récits toi-même. Demande aux auditeurs de les écrire, lance leur un défi, mets-les à la tâche. Ils te les enverront et tu les liras. » 

Ainsi naquît le National Story Project. Paul Auster reçu, en l’espace d’environ deux ans, quatre mille textes. Son appel au public établit les critères de sa sélection : « […] des histoires vraies, brèves, sans restrictions quant au style ni aux sujets. Des histoires non-conformes à ce que nous attendons de l’existence, et révélatrices des forces mystérieuses et insoupçonnées qui opèrent dans nos vies […] »

En 2001, Auster publie une anthologie de ces nouvelles. Le florilège qui en résulte est une jouissive explosion d’absurdité, d’émotions, de rires. Refoulant à tout coup une forme d’incongruité presque surnaturelle, ce bouquin met en lumière la complexité folle des arcanes de notre existence, en nous rappelant à quel point tout est si fragile (et en nous arrachant des larmes d’une humiliante sonorité au beau milieu du métro). 

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Une des nouvelles en question…

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